Goulotte style made in Belledonne ! 03/2022

Goulotte style made in Belledonne ! 03/2022

Après un mois de février passé sur les bancs de la fac ou à faire du ski pourri, quand Guillaume me confie avoir envie de retourner trainer ses pioches en montagne j’ai les crocs comme jamais. Le bougre est en pleine boulimie alpinistique et il faut en profiter ! Sa flemme légendaire peut le rattraper à tout moment et le plaquer au lit deux semaines avec des M&Ms et des bouquins de philo. J’accepte donc la proposition sans rechigner et me voilà ajouté dans un de ses sombres groupes messenger : « Goulotte style ! ». Le casting de ce groupe fait rêver, on a que des stars : Yaya, le mec a fait sa première sortie de glace à la grave la veille mais est capable de tracter sur les pires arquées des spots de la cuvette ; Titouille, passe plus de temps en froc sur son canap’ qu’à faire des séances de rési mais sa motiv et sa caisse sont inébranlables ; Guillaume, pas hyper à l’aise avec ses pattes sur un chemin plat, l’étrange animal peut te sortir de n’importe quelle situation quand on est à la verticale. Qu’on soit honnête, sur le papier, cette team n’a aucune chance de faire la croix de l’année. Tout au mieux, on peut rêver de la goulotte du bloc coincé à la journée si on prend la benne. Pourtant on y croit, tout le monde est surmotivé et l’objectif numéro un est de se marrer, peu importe ce qu’on grimpe.


On oublie vite les plans foireux au fin fond des Ecrins où Guillaume vient de prendre une semaine de but à errer sur le glacier noir. On se tourne donc logiquement vers (objectivement) le plus beau massif du monde, Belledonne. Après quelques théories de physique élémentaire douteuses, on s’autopersuade que la Goulotte Blanche (TD 5+ M3 700m) à la Petite Lance de Domène devrait être en condition. Il a dû faire assez froid pour que les trois longueurs de glace soient formées et la nivologie devrait être assez stable pour parcourir les 500 derniers mètres bien sujets aux brassages/natation et aux spindrifts/avalanches. Un CR C2C inattendu vient confirmer tout ça : banco, on fonce !
La fine équipe se retrouve donc à 5h30 sur le parking bien glauque de la Gorge au fin fond de la vallée de de Saint-Mury. Après un dernier débat sur la stratégie d’approche, on décide d’accrocher les raquettes au sac et on se lance dans les quelques mille mètres d’approche. La première partie dans la forêt est sèche et déroule sans problèmes. On rejoint vite la neige dans le cirque du Boulon et on en profite pour admirer les cascades grimpées avec Pierrot et Louise quelques semaines avant. Celles-ci sont d’ailleurs dans un piteux état, ça ne me rassure pas pour les conditions de notre voie. La suite déroule bien grâce à une bonne trace jusqu’au Habert du Mousset qu’on atteint rapidement. On dépose tout le matos inutile sous un caillou (notamment les raquettes qui auront juste fait une balade sur nos sacs…) et on gagne le pied sans encombre.

Niels dans la première longueur qui donne le ton


Les longueurs de glace sont très bien formées et la nivologie est rassurante. L’équipe est boostée comme jamais, ça va être dément! Je me lance dans la première longueur et très vite je dois faire un choix. A droite, un magnifique cigare en 5+, bien raide et continu nous fait de l’oeil mais il est ouvert d’une grande fenêtre d’un mètre de haut en son centre. On choisit donc de se rabattre sur le petit cigare de gauche qui semble mieux collé au rocher. Celui-ci se laisse grimper sans soucis moyennant une bonne grosse douche pas hyper agréable avant 650 m de face nord… Au premier relais (d’une solidité douteuse…), on est déjà dans une grande ambiance ! Tous les potes ont le smile et les blagues sont toujours aussi pourries, ça me rassure. Je me sens au bon endroit au bon moment, tous les voyants sont au vert.

Titouille dans la deuxième longueur

La deuxième longueur est juste hallucinante. Les spindrifts survolent Titou sans le toucher quand il grimpe, j’ai l’impression de voir un surfeur dans un tube à Hawaï. Des cordes abandonnées par une cordées ayant eu un accident un mois plus tôt sont emprisonnées dans la glace et participe largement à l’ambiance austère. On débouche sur une pente de neige qui nous dépose tranquillement au pied du dernier ressaut de glace difficile. Guillaume et Yaya déroulent derrière et nous rejoignent vite. Ce dernier ressaut en glace raide et béton demande de m’employer. J’arrive au relais avec une onglée abo, les mollets et les bras en feu mais content d’en avoir terminé avec les longueurs crux. On se retrouve à quatre sur une petite marche taillée pour avaler quelques calories sûrement à base de chaussée au moine, de carotte et d’houmous.

Dans le mixte des pentes supérieures

La pause est de courte durée car il nous reste encore 500m de neige et mixte facile mais délicat à protéger. On range les broches et on sort quelques friends et cablés. On part devant avec Titou pendant que Yaya et Guillaume prolongent un peu la pause. On est dans notre élément, on bourrine corde tendue en faisant quelques très rares relais pour récupérer un peu de matos. Les ressauts se laissent grimper sans souci, il y a un peu de glace et les touffes sont gelées à souhait. On débouche plus vite que prévu sur une belle arête au soleil qui nous mène en une grosse centaine de mettre au sommet.

Yaya dans ses œuvres avant de déboucher sur l’arête
Sommet!! Bien contents

Après l’habituel « check », on va se poser au col pour attendre les deux artistes. Ils nous rejoignent une heure après. On est trop contents, de ma courte vie d’alpiniste je n’avais encore rien fais d’aussi beau, soutenu et sauvage dans le massif. Guillaume et Titou sont toujours en bonne forme. Yanis est un peu plus entamé, normal, pour une initiation goulotte c’était un bon traquenard.
On attaque rapidement la descente pour espérer faire la partie foireuse (jusqu’au matos déposé) avant la nuit. La neige commence à regeler en surface mais n’est pas assez portante. On s’enfonce un pas sur trois jusqu’au genoux. Ça déroule pas et c’est bien fatiguant après l’effort fourni. On se réunit avec Titou et Guillaume pour un ultime conseil des sages autours de fatmap et iphigénie pour essayer de décrypter quel couloir nous mènera au pied de la voie sans encombre. Avec un peu d’instinct et beaucoup de chance on trouve direct le bon couloir. En se retournant, on se rend compte qu’on a pris le seul qui ne débouchait pas sur une barre rocheuse. C’est cool quand ça se passe comme ça quand même… On retrouve le sac et les raquettes (qu’on ne chaussera toujours pas) à la tombée de la nuit. Ça y est on peut pleinement apprécier, tous les doutes et le stress sont derrière nous. Maintenant, il suffit de se laisser trainer jusqu’au parking.

Guillaume, content d’être de retour au pied


Guillaume part devant pendant qu’on attend Yaya qui commence à être bien cuit. La descente se déroule sans soucis jusqu’au coup de téléphone lunaire de Guillaume :
« – Allo Nielsou je crois que je me suis trompé de chemin.
-T’inquiète, si t’as traversé le ruisseau le chemin amène aussi au parking.
– Euh ouai mais le problème c’est qu’il y a quinze paires d’yeux qui brillent dans le noir. Je sais pas si c’est des clebs ou des loups.
– Oh put*****n mais grimpe dans un arbre !!!
-Mec je me ch** dessus plus que dans la voie ! »
Après un grand contournement en mode Mike Horn bien aidé par Iphigénie il rejoint la voiture en même tant que nous pour un dernier fou rire. Ça y est c’est fait ! Quatorze heures après avoir quitté la voiture on est de retour. Un dernier moment de concentration au moment de faire le matos pour que la moitié des friends ne finissent pas dans le jeu de Guillaume et on va se jeter dans un lit.
On a vécu un super moment de vie et d’amitié là-haut. Sûrement l’un de mes plus beau souvenir de l’hiver !
Merci les artistes <3

Une belle équipe de prix Nobel, que du love <3


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