La colère d’Hafniouf est parmi nous – 05/10/24
Récit d’une voie qu’on n’a pas trouvée.
Le week-end du 5 octobre 2024, Thomas, Gislain et moi avions tous les trois nos deux jours de libre. La météo annonçait un peu d’instabilité, de quoi faire hésiter pour des grandes voies classiques… mais parfait pour aller poser quelques étriers. Hafniouf à Presles nous donnait tous envie avec un projet bivouac dans la vire médiane à l’abri ! Alors samedi matin on a chargé le Kangoo et on est partis.
Mais en arrivant au parking, on constate que deux cordées plus matinales partagent le même projet que nous. L’artif, c’est déjà lent, alors à trois cordées, on risquait de finir la voie en retraite spirituelle. Alors on se rabat sur un plan B : la Colère de Shiva. Le topo est plus flou, l’itinéraire moins fréquenté, et la cotation un cran au-dessus d’Hafniouf. Mais ça a l’air très sympa aussi et on est motivé de s’y frotter !
On repère la voie à l’aide de nos connaissances et on part là-dedans.
La première longueur passe bien en artif, Gislain se tire efficacement sur les friend et croise même le chemin d’un piton. Ce piton et le relai déjà en place nous conforte dans l’idée d’être dans la bonne ligne. On effectue ensuite le premier hissage avec émotion d’une patate Black D pour le matos mais surtout d’un sac de parapente à la morphologie disproportionnée ! C’est le prix d’un bivouac et d’un festin de luxe …


La deuxième longueur est plus ambigüe. On ne sait pas trop si on doit la grimper en artif ou en libre. C’est un peu flou, et ça nous fait hésiter. Mais Thomas trouve à chaque problème une solution et nous fait monter sur un relais à montrer dans toutes les écoles !
La troisième longueur débute plutôt normalement, encore en artif, tirage sur friends, pas vraiment besoin de pitons. Mais voilà, la qualité du rocher commence à se dégrader et l’itinéraire devient quand même plutôt douteux… Face au doute qui nous habite, Gislain et Thomas essaient de comprendre où on est. Ils enchaînent les appels et cherchent dans leur répertoire s’il n’y a pas une autre voie, parce que clairement, ça ne correspond pas du tout au topo de la Colère de Shiva. Le verdict tombe enfin : on est pas du tout dans la colère de Shiva !


En passant un surplomb, la vue se dégage un peu et laisse entrevoir plusieurs spits sur la droite. Une porte de sortie qui fait plaisir. Grande traversée, relai, puis on assiste à un vol mémorable de nos deux patates, un grand moment.
Ce beau relai chaîné appartient à la voie “Durateau est parmi nous” et bonne nouvelle : la ligne passe tout proche du bivouac d’Hafniouf.
On enchaîne ensuite quelques longueurs d’escalade équipée, plutôt plaisantes. Le soleil décline doucement, puis disparaît complètement. On finit les dernières longueurs à la frontale, dans une ambiance feutrée. Avec beaucoup de gentillesse, la cordée d’Hafniouf nous pose une corde tendue jusqu’au bivouac, ce qui nous fait gagner du temps pour cette dernière longueur.
On se pose finalement autour de 23h. On crève de faim, alors on se fait un bon repas simple mais efficace : saucisse purée. La vie est belle, on se couche, heureux comme des rois dans ce palace 5 étoiles.


Le lendemain matin, on prend notre temps pour se réveiller tranquillement. Au-dessus de nous, il ne reste que 3 longueurs d’Hafniouf. On les grimpe tranquillement derrière nos sauveurs de la veille et on bénéficie même d’une douche naturelle lors de la dernière longueur pour sortir tout propre au sommet. La météo instable a parlé !
La descente se transforme vite en chasse aux champignons — on en trouve partout, et bientôt les sacs débordent. On rentre enfin au Kangoo en musique chargés en champignons et en émotion !


En Rouge notre King-line qui va marqué l’histoire de Presles à tout jamais.